Portrait ·

Virginie Jungo — Retrouver le lien avec la terre

Maraîchère à Perly

Une rencontre qui nous ramène à l’essentiel

Depuis plusieurs mois, le débat autour du projet de tram et de son tracé s’est largement construit autour de questions d’infrastructures, de mobilité, de circulation, de variantes techniques ou encore de procédures juridiques. Ces sujets sont légitimes et nécessaires. Ils permettent d’évaluer un projet, d’en mesurer les coûts, les contraintes et les conséquences.

Au fil de ses travaux, l’ADRCP a elle aussi étudié ces différents aspects du dossier : son tracé, ses alternatives, ses impacts sur le territoire et les nombreux documents officiels qui l’accompagnent. Pourtant, derrière ces plans, ces études et ces chiffres, il existe une autre réalité : celle des femmes et des hommes qui vivent, travaillent et façonnent ce territoire au quotidien.

C’est précisément pour donner une voix à cette réalité que nous avons souhaité ouvrir cette série de portraits. Nous avons rencontré Virginie Jungo, maraîchère à Bardonnex (en bordure de Perly). Elle a rejoint l’exploitation familiale il y a plus de 10 ans. Son père est maraîcher et avant lui ses grands-parents l’étaient également. Trois générations attachées à la terre et aux valeurs qu’elle représente.

De nos échanges ressort un point essentiel : nous avons besoin de la terre. C’est une réalité évidente que les gens oublient. Elle nous nourrit, elle nous permet de vivre. Il faut la préserver, il faut absolument la protéger.

C’est cette réalité que Virginie Jungo nous invite à redécouvrir.

Terres maraîchères à Perly

Que signifie l’arrêt du Tribunal administratif fédéral rendu le 24 juillet dernier

C’est un grand soulagement pour Virginie Jungo et sa famille.

Enfin le sentiment d’être entendu et compris !

Enfin, la justice reconnaît la problématique liée à la route de contournement (la route de desserte) et la nécessité de préserver les terres agricoles, de protéger les surfaces d’assolement. C’est une première victoire. Il faudra encore attendre le positionnement des autorités genevoises sur un éventuel recours au Tribunal fédéral.

Virginie Jungo souligne encore que dans l’arrêt, le Tribunal administratif fédéral ne remet pas en question l’intérêt public à la réalisation d’un tram. C’est la route de contournement qui pose problème. Elle trouve dommage que certains médias, dans leurs communiqués, ne soient pas toujours clairs à ce sujet.

D’ailleurs, sur ce point, Virginie Jungo explique qu’il n’a jamais été question, pour elle et sa famille, de s’opposer à la venue du tram à Perly ou à tout autre moyen légitime pour désengorger Genève du trafic. Le combat de sa famille s’est toujours concentré uniquement sur la route de contournement et la destruction des terres agricoles.

Retrouver le lien avec la terre

Au cours de l’entretien, un message revient souvent. Avant même de parler du projet de tram ou de la route de contournement, Virginie Jungo invite à se rappeler ce que représente la terre agricole et la place qu’elle occupe dans notre quotidien.

Virginie Jungo reconnaît volontiers qu’avant de reprendre l’exploitation familiale, elle-même vivait dans une certaine « bulle », ayant travaillé plus de 10 ans comme avocate. Elle explique avoir progressivement redécouvert une réalité qui lui paraît aujourd’hui essentielle : celle de la terre qui nourrit, du travail qu’elle exige et de la responsabilité qu’elle implique.

À ses yeux, notre société a un peu perdu ce lien avec l’origine des denrées alimentaires. Derrière chaque aliment que l’on consomme, que ce soit une simple carotte, une salade ou un morceau de viande, il y a la main-d’œuvre, un savoir-faire, du temps, mais surtout une terre qu’il faut préserver. Il faut la protéger et la respecter pour que nous puissions continuer à nourrir les générations futures.

« Une terre agricole recouverte de bitume est perdue pour toujours. C’est irréversible. »

C’est dans cette perspective qu’elle insiste sur l’importance de préserver chaque mètre carré de surface agricole. Dans un pays où les terres cultivables sont limitées, les récentes crises sanitaires et les tensions géopolitiques rappellent, selon elle, que la sécurité alimentaire ne peut jamais être considérée comme acquise. Si chaque pays est amené à privilégier sa propre population en période de crise, la capacité de la Suisse à produire une partie de son alimentation devient un enjeu stratégique.

Un regard tourné vers l’avenir

Au terme de notre entretien, nous demandons à Virginie Jungo quel message elle souhaiterait adresser aux Genevoises et aux Genevois.

Pour elle, un constat : tout évolue rapidement, les priorités changent, ce qui prévalait il y a une quinzaine d’années, lors de la décision de prévoir une route de contournement pour accompagner le tram, n’a plus forcément lieu d’être aujourd’hui. Elle rappelle que :

  • Les normes environnementales ont évolué. À Genève, en 2021, le plan climat cantonal 2030 de deuxième génération a été adopté.
  • En décembre 2025, les autorités communales impliquées dans le projet du tram et de la route de contournement ont montré leur volonté de préserver les surfaces d’assolement et de ne plus déclasser certaines zones agricoles (comme prévu initialement).
  • En février 2026, le Conseil fédéral a confirmé dans le cadre de sa politique agricole 2030 (PA30+) l’importance de préserver durablement les surfaces agricoles et d’améliorer la sécurité alimentaire du pays.
« Tout évolue, tout change. Il faut savoir se remettre en question. Pour avancer intelligemment, on doit oser se repositionner et parfois revenir sur des décisions prises antérieurement. »

Lire notre communiqué sur l’arrêt

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